Cyberharcèlement : Pourquoi les gens se croient tout permis sur internet ?

De nombreux chercheurs s’y intéressent de plus en plus : une étude de l’université de Baltimore a interrogé 1500 adolescents âgés de 10 à 15 ans et ont découvert que dans l’année qui précédait l’étude, 35% avaient été victimes de harcèlement et 21% en avaient été les auteurs. Une autre étude américaine ayant interrogé plus de 3700 adolescents a démontré que durant les deux mois avant l’étude, 11% avaient été victime de cyberharcèlement, 4% en avaient été les auteurs et 7% avaient été auteurs et victimes
 
Mais alors, comment se fait-il qu’une personne en arrive à humilier, insulter ou menacer une autre personne sur internet ? Les chercheurs ont mis en exergue plusieurs facteurs psychologiques et sociaux
 
Premièrement, il existerait ce que l’on appelle des « croyances normatives » approuvant le harcèlement. Certaines personnes pensent qu’harceler quelqu’un sur internet peut être quelque chose de cool, ou du moins toléré. Ces croyances peuvent résulter d’un manque éducationnel (aussi bien au niveau de la famille que de l’école) condamnant ce genre de comportement ou bien d’une fréquentation d’individus pour qui ce genre de comportement ne pose pas de problème. Selon les études, la présence de ces croyances normatives augmente le risque qu’il mette en place des comportements de harcèlement, aussi bien dans la vie réelle que sur internet. 
 
Un autre facteur se trouve dans la distance physique entre le harceleur et le harcelé. Contrairement au harcèlement de la vie réelle, le cyberharcèlement permet au harceleur de ne pas être témoin des réactions de souffrances visuelles et auditives de sa victime, ce qui est un facteur facilitant la violence. 

Rappelons nous de l’expérience de Milgram dans laquelle les participants devaient administrer des chocs électriques à d’autres personnes. Les chocs électriques étaient beaucoup plus puissants chez les participants qui ne voyaient pas les réactions ni les cris de leur victime.  

Le détail crucial du cyberharcèlement : l’anonymat. 

Internet nous permet aujourd’hui de délivrer des messages sous couvert de pseudonymes, afin que personne ne puisse nous reconnaitre. Si cela peut être gage de sécurité dans certaines situations, cet anonymat est le facteur qui est le plus impliqué dans les phénomènes de cyberharcèlement
En effet, de nombreuses personnes se permettent de délivrer des messages qu’elles n’oseraient jamais délivrer dans la vie réelle, en face d’une personne en chair et en os et à visage découvert. 
Une étude de la Nouvelle-Orléans a interrogé des adolescents âgés de 12 à 19 ans et a découvert que 60% d’entre eux reconnaissaient délivrer des messages via internet qu’ils ne délivreraient pas s’ils étaient physiquement en présence de leur interlocuteur. 
 
L’anonymat engendre d’autres conséquences, telles que la dépersonnalisation ou la désindividuation. Ces deux concepts ont été découverts par Philippe Zimbardo (avec l’expérience Stanford notamment). Ici, le professeur Zimbardo a mené une étude dans laquelle les participants devaient administrer des chocs électriques douloureux à une victime. Il a découvert que les participants qui n’étaient pas reconnaissables (de qui on avait caché le nom, caché leurs vêtements par une blouse et leur visage par un masque) administraient des chocs électriques deux fois plus longs que les participants qui étaient reconnaissables. La perte de leur individualité sociale a facilité la violence, mais pourquoi ? 
 

Les études sur la désindividuation a montré que cette dernière a un effet déresponsabilisant : l’individu désindividué se considère moins responsable de ses actes et ses principes moraux semblent disparaitre sur internet. D’autres études sont encore à réaliser pour en savoir plus.  
On voit donc que l’anonymat d’internet facilite la naissance de comportement violents grâce au phénomène de désindividuation. Ce constat colle avec de nombreuses études qui ont observés que les échanges violents sont beaucoup plus fréquents via un ordinateur qu’en face à face
Le problème, c’est que l’anonymat des harceleurs laisse les victimes complètement démunies, ce qui constitue une source de détresse émotionnelle et psychologique notable. 
 
Les conséquences sur l’état psychologique des victimes de harcèlement de la vie réelle sont bien connus aujourd’hui : développement de troubles anxieux et dépressifs, de troubles du comportement alimentaire, diminution de l’estime de soi et des habiletés sociales
Chez les victimes de cyberharcèlement, les études observent les mêmes conséquences
 
Si cela vous arrive, n’hésitez pas à en parler autour de vous, à des gens de confiance mais aussi à vous faire accompagner par un professionnel de santé. Il pourra vous aider à trouver des solutions face à ce qui vous arrive, vous n’êtes pas seul ! 
 

Tiré du magazine Cerveau & Psycho n°33  

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