L’alimentation émotionnelle

En 2014, une étude réalisée par le site de rencontre match.com a révélé que 40% des femmes préféraient manger du chocolat plutôt que d’avoir un rapport sexuel. Pour ces femmes, le chocolat leur procurerait beaucoup plus de plaisir. De manière générale, nous remarquons que pour la plupart des individus, le plaisir de manger est un facteur important de la qualité de vie, devant les loisirs et le cinéma. Mais quelles sont les raisons pour lesquelles un besoin à priori primaire est devenu un facteur de plaisir aussi important ? 
La réponse est simple : ce sont nos émotions qui jouent un rôle important dans notre alimentation, et plus particulièrement dans la régulation de nos conduites alimentaires. Qui ne s’est jamais envoyé un pot de glace en pleurant après s’être fait quitter sans s’y attendre ? Ou mangé le paquet de chips entier alors qu’il s’était promis de n’en manger que « quelques unes » devant son film/sa série préféré(e) ? D’ailleurs, je suis moi-même en train de manger des M&M’s Crispy en écrivant cet article alors que j’ai déjeuné il y a à peine deux heures. 
Ces situations le montrent, en dehors du besoin vital, lorsque nous mangeons, notre objectif consiste souvent à réguler notre équilibre émotionnel. 
 
Selon de nombreuses études, le fait de s’alimenter dans des moments de crises viendraient apaiser les émotions pénibles associées. De fait, une personne sur trois mangerait plus en période de stress. Ce sont généralement des personnes ne présentant pas de trouble psychiatrique. L’alimentation émotionnelle n’est donc pas un signe de désordre psychologique. En réalité, la plupart des gens se nourrissent autant pour réguler leurs états émotionnels que pour satisfaire à leurs besoins énergétiques. Mais comment notre alimentation influe-t-elle sur notre humeur ? 

 

Premièrement, avoir le ventre plein est une sensation rassurante : on se sent généralement plus calme et disponible en ayant bien mangé, la sensation de satiété libérant des hormones de bien-être. Mais cela n’explique pas les comportements alimentaires émotionnels et encore moins ses formes extrêmes (notamment les troubles boulimiques et hyperphagiques). 
En 2004, une étude de l’université de Leeds en Angleterre a projeté un film triste à leurs participants, puis leur a fait évaluer le goût de différents chocolats tout en leur disant qu’ils pouvaient en manger autant qu’ils voulaient. Résultats : les participants les plus tristes avaient ingéré nettement plus de chocolat que ceux que le film avait moins impacté. Mais alors, pourquoi manger du chocolat lorsque nous sommes triste nous fait du bien ?
Selon les nutritionnistes, les repas riches en sucre augmentent la concentration de la sérotonine dans le cerveau, qui est un neuromédiateur très présent dans les zones du cerveau (comme le cortex préfrontal) qui interviennent dans la régulation émotionnelle. En d’autres termes, une forte concentration de sérotonine améliore notre humeur
 
Cependant, une étude de l’université d’Utrecht a constaté que les individus qui étaient les plus sensibles aux stress se sentaient mieux après avoir ingéré un repas riche en sucre. Cet effet se trouvait être moins visible chez les personnes « émotionnellement stables ». L’hypothèse de la sérotonine ne serait donc vraie que pour les personnes les plus sensibles au stress. 
 

 

En parlant de stress… D’autres études démontrent que l’alimentation impacte notre cerveau d’une autre manière. Lorsque nous sommes stressé, la glande surrénale libère plus d’hormone de stress dont le cortisol, qui en est la principale. Le cortisol intervient au sein d’un circuit de régulation dans l’organisme. Il semblerait que la réaction de ce circuit face au stress serait modulée par l’ingestion d’aliments hautement caloriques. Des études sur des rats de laboratoires ont montré que lors d’une période de stress intense, les rats libéraient moins d’hormones de stress lorsqu’ils recevaient une alimentation riche en graisse et en sucre comparé aux rats qui recevaient une alimentation complète et équilibrée. En d’autres termes, nous aurions tendance à préférer manger des aliments très caloriques (grasse et sucrée) lorsque nous sommes stressés. 
Toutefois, il faut un certain temps avant que la nourriture n’intervienne sur notre humeur (la nourriture doit être digérée, puis absorbée et ses composants transportés vers le cerveau où ils pourront enfin agir) et généralement, manger nous procure une sensation de soulagement et de mieux-être immédiate. Comment expliquer cela ?
 
Ce sont les stimulations sensorielles provoquées par le fait de manger qui sont en cause dans le soulagement immédiat de nos états émotionnels. Ces stimulations reposent sur le goût et les émotions associées à la nourriture, qui peuvent instantanément améliorer notre humeur. Ainsi, nous pouvons expliquer le plaisir immédiat ressenti et l’amélioration de l’humeur après avoir ingéré un morceau de chocolat par le plaisir gustatif ressenti en le mettant en bouche, plutôt que par la libération de sérotonine dans l’organisme, qui elle, arrivera un peu plus tard comme nous l’avons vu. 

 

D’ailleurs, plusieurs études ont démontré que la recherche de plaisir gustatif pouvait engendrer des comportements semblables à ceux de personnes addictes. En effet, la nourriture peut provoquer des processus cérébraux semblables à une addiction et même si le corps ne reçoit pas de nutriments. Le goût seul suffit ! Pour vous expliquer, le goût plaisant des aliments déclenchent des réactions émotionnelles positives, elles-même déclenchant la libération de dopamines et d’endorphines dans le cerveau, qui procurent du plaisir. Et c’est cette sensation de plaisir que les individus recherchent parfois compulsivement dans l’acte de manger. 
Malheureusement, même si l’alimentation émotionnelle touche tous les individus, de manière plus ou moins importante, il arrive parfois, que certaines personnes perdent le contrôle de leurs prises alimentaires, donnant ce que l’on appelle aujourd’hui les troubles du comportement alimentaire. En effet, il peut arriver, comme c’est le cas pour les troubles boulimiques et hyperphagiques où les personnes ingèrent des quantités astronomiques de nourriture en un temps très réduit, de totalement perdre le contrôle de ce que nous mangeons, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur notre vie. Comment faire pour éviter cela ? 
 

 

Finalement, la clé pour ne pas perdre le contrôle de notre alimentation émotionnelle réside dans la gestion de nos émotions. Le principe étant de trouver des moyens de gérer ses états émotionnels sans avoir recours à la nourriture. Par exemple, des thérapies très développées aux Etats-Unis mais encore très (trop) peu en France consistent à apprendre aux patientes hyperphages à faire face à leurs émotions négatives sans se ruer sur la nourriture. Cette thérapie consiste dans un premier temps à leur faire comprendre le rôle des émotions puis à s’observer et à identifier le besoin de manger qui peut émerger lorsqu’elles ressentent ces émotions. Cela leur permet de prendre du recul et de discriminer les moments ou elles ont réellement faim des moments ou elles ont besoin de réguler leurs états émotionnels. Pour réguler ces états, les patientes s’entraînent à mettre en place d’autres stratégies de gestion des émotions comme la respiration ventrale, faire une activité plaisante ou encore téléphoner à une amie. Avec ces techniques, les patientes parviennent assez rapidement à réduire leurs crises d’hyperphagie. 

 

Source : Cerveau & Psycho n°24

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