Comment aider son enfant face au harcèlement scolaire

Saviez vous que plus de quatre enfants par classe en CE2-CM1-CM2 se disent victime de harcèlement ? Plus précisément, les résultats de l’enquête de l’Observatoire de la violence à l’école démontrent que :

  • 20% des élèves disent être victimes de moqueries de la part des autres
  • 17% sont fréquemment frappés par leurs camarades
  • 14% déclarent avoir été victimes de déshabillages forcés
  • 7% sont souvent ou très souvent insultés de manière raciste

Malheureusement, bien souvent, les tentatives de règlement des conflits par les adultes et les actions de prévention de harcèlement scolaire mis en place par les institutions ne font qu’empirer la situation. En réalité, c’est du côté direct de l’enfant harcelé qu’il faut travailler afin de modifier la relation qu’il entretient avec son ou ses harceleur(s). Le harcèlement scolaire résulte d’une relation asymétrique entre le harcelé et le harceleur. Pour vous faire un bref résumé, dans la relation, le harceleur est en position haute et le harcelé en position basse, et cette asymétrie est renforcée par l’enfant victime puisqu’il n’agit pas pour retrouver une position égale à celle du harceleur. Le but est donc de modifier cette relation et de ramener les deux protagonistes sur un pied d’égalité.


Nous voyons souvent, dans les campagnes de sensibilisation contre le harcèlement, des situations qui se résolvent grâce à l’action d’un autre élève ou d’un adulte. Dans la réalité, ce genre d’action n’est, au mieux, pas efficace et au pire, elle ne fait qu’empirer la situation.

Impliquer un adulte dans un différent (qu’il soit extrêmement problématique ou non) entre enfants mettra automatiquement l’enfant victime dans une plus mauvaise position qu’il ne l’est déjà. Premièrement, vous lui faites passer le message implicite (parfois non…) qu’il n’est pas assez compétent pour se défendre tout seul et deuxièmement, le plus souvent, si l’intervention de l’adulte engendre une punition pour l’enfant bourreaux, celui-ci ne changera pas de comportement, mais mettra d’autant plus d’énergie pour ne pas se faire punir à l’avenir.

Pour faire simple et direct : ce n’est pas à vous (parents, professeurs, CPE, surveillants, etc.) d’intervenir, c’est à l’élève victime lui-même. Vous pouvez l’aider et le soutenir (c’est même très important) mais ne vous en mêlez surtout pas.


Mais alors, comment faire pour aider son enfant lorsqu’il est victime de harcèlement ?

  1. Mettez vous à côté de votre enfant, ne faites pas bouclier pour le protéger du monde. Vous ne serez pas toujours là pour l’aider, autant lui donner les clés pour se débrouiller seul dès maintenant. Donnez lui des outils, des conseils pour qu’il puisse se défendre lui-même. Premièrement, cela améliorera son estime de lui-même puisque vous croyez en lui, vous le pousserez également à croire en lui et en ses capacités de régler la situation. Même conseil pour les professionnels travaillant dans les écoles et les collèges, ne vous mêlez pas des affaires des enfants mais accompagnez l’enfant victime dans son processus de renforcement face au harcèlement. Attention cependant à ne pas demander à l’enfant comment il pourrait se défendre lui-même. Bien souvent, les enfants victimes de harcèlement ne savent pas comment se défendre, c’est bien pour cela qu’ils n’agissent pas (ou peu) face à leur harceleur. Leur poser la question les mettrait face au fait qu’ils sont incompétents pour se défendre eux-même, et viendrait briser le peu de confiance en eux qu’il leur reste.
  2. Pour les enfants, lâcher le “arrête” face au harceleur et commencer à dire “continue”. Ce “continue” sera émis de deux façons différentes. Premièrement par la posture (c’est bien connu, notre posture en dit souvent beaucoup plus sur notre état d’esprit que nos mots). Nous allons demander à l’enfant de passer d’une posture accablée à une posture dynamique, la tête haute, un demi sourire et le torse bombé. Cela tendra déjà à rééquilibrer la relation. Deuxièmement, nous allons apprendre à l’enfant à recevoir le message du harceleur et à l’accepter sans essayer de s’en défendre (de type “oui je suis gros/moche/bête/etc.), ce qui va également permettre à l’enfant en position basse de rééquilibrer la balance relationnelle.
  3. Proposer de l’aide à l’enfant, mais sans jamais insister. Si votre enfant a déjà été victime de harcèlement, qu’il vous en a parlé (ou que vous l’ayez découvert) et que vous vous en soyez mêlé, il y a fort à parier qu’il ne vous fera plus confiance sur ce point et qu’il ne vous en parlera plus. Si vous voulez qu’il revienne vers vous, commencez par lui dire que vous êtes conscient de ne pas l’avoir aidé dernièrement, que vous êtes là s’il a besoin de vous mais que vous n’agirez plus désormais sans son consentement. Et vous devez respecter cette promesse ! Vous devez lui dire, implicitement, que lui seul peut résoudre ce problème et que s’il en a envie, vous n’êtes là que pour l’aider.
  4. Accueillir les émotions de votre enfant. Les enfants victimes de harcèlement ressentent principalement deux émotions. La tristesse et la peur. La tristesse est une émotion on ne peut plus normale chez les enfants victimes de harcèlement et il est important qu’en tant qu’adulte (parent ou professionnel), vous accueilliez cette émotion. Par exemple, vous pouvez dire à l’enfant qu’il a le droit de pleurer, que c’est une réaction tout à fait légitime et, si c’est votre enfant, vous pouvez le prendre dans vos bras et lui faire un câlin.

La peur est également une émotion on ne peut plus compréhensible dans ce genre de situation. En effet, l’enfant harcelé a peur que le harcèlement continue, voire qu’il s’empire. Et il est très important de prendre en compte cette peur afin d’aider l’enfant et de lui donner la motivation nécessaire pour qu’il ne se laisse plus faire. En résumé, l’enfant doit avoir peur de ce qu’il va se passer s’il continue à ne rien faire. Il faut savoir que les tentatives de réassurance telles que “ne t’inquiète pas, ça va aller” sont totalement contre-productives puisqu’elles nient la peur de l’enfant (sous entendu “il n’y a pas de raison de s’inquièter”) et l’enferment dans un cercle vicieux qui consiste, pour l’enfant, à ne rien faire et à attendre que ça passe, ce qui va justement faire continuer et/ou s’aggraver le harcèlement.

 


Globalement, ces quatre points doivent permettre à votre enfant de faire stopper le harcèlement. Ces quatre points permettent aux deux enfants, le harceleur et le harcelé d’expérimenter qu’aucune relation n’est définitivement figée et qu’elle peut changer à tout moment. Car c’est souvent ce que les enfants victimes de harcèlement croient, que peu importe ce qu’ils peuvent faire, rien ne changera jamais.

 


Je vous invite très sincèrement à lire l’ouvrage d’Emmanuelle Piquet “Te laisse pas faire ! Aider son enfant face au harcèlement à l’école” dont cet article est tiré et qui est une perle pour tout parent ou professionnel qui se trouve en difficulté pour résoudre les problématiques de harcèlement scolaire.

From : https://www.psychologue.net/articles/4-points-qui-vous-permettront-daider-votre-enfant-face-au-harcelement-scolaire

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